Stellantis : la piste Dongfeng se précise, la CFDT refuse toute vente du site
À l’approche du plan stratégique de Stellantis, attendu le 21 mai, le site de Rennes-La Janais se retrouve au cœur d’un jeu industriel qui dépasse largement le cadre breton. D’après l’agence Bloomberg et le journal Auto Infos, des discussions sont avancées avec Dongfeng Motor Corporation, dont une délégation a récemment visité l’usine bretonne. Elles crédibilisent l’hypothèse d’un partage de production, voire de l’arrivée de modèles chinois sur les lignes rennaises.
« NOTRE AVENIR NE SE DÉCIDERA PAS SANS NOUS ! » LA CFDT.
À l’annonce de ces pourparlers, la CFDT, majoritaire sur le site, par la voix de Christine Virassamy et Laurent Valy, hausse clairement le ton. «Nous ne sommes pas à vendre !» Au passage, le syndicat rappelle la fragilité structurelle de la Janais. Comme chacun sait, l’usine, qui emploie environ 2 000 personnes dont 1 700 en CDI, ne produit plus qu’un seul véhicule, le Citroën C5 Aircross, avec seulement 64 700 unités assemblées en 2025. Malgré des investissements récents de 150 à 160 millions d’euros pour moderniser les lignes, la dépendance à ce modèle unique inquiète fortement les syndicalistes. «L’avenir du site dépend désormais du succès commercial de ce modèle unique », insiste la CFDT, avant d’ajouter sans détour. « Même si son lancement est une réussite, un seul modèle ne suffira pas à garantir la rentabilité et la pérennité de l’usine. »
En négociant avec Dongfeng, Stellantis cherche à trouver de la rentabilité pour son site breton. «On pourrait très bien ajouter une équipe ou une équipe et demie avec les week-ends pour assembler un ou deux modèles chinois », explique un informateur du journal Auto Infos. «Il faudrait juste quelques investissements, notamment au ferrage.». Pour un site dont les effectifs ont été divisés par 7,6 depuis 2007 et la production par 3,5, cette aubaine commerciale pourrait remplir des lignes aujourd’hui sous-utilisées.
Mais pour la CFDT, il n’est pas question d’accepter un scénario subi. «Un partenariat, oui – mais pas à n’importe quel prix ! » martèle le syndicat, qui pose des conditions précises. « Nous ne sommes pas fermés à l’idée d’une collaboration, à condition qu’il permette d’accueillir de nouveaux volumes de production, de garantir l’avenir industriel du site, le maintien de l’emploi et des conditions de travail». Le ton se durcit encore lorsqu’il s’agit des négociations en cours. «Nous exigeons une transparence totale de la direction de Stellantis sur les discussions et les scénarios envisagés.»
«LES POUVOIRS PUBLICS DOIVENT S’IMPLIQUER POUR DÉFENDRE LES INTÉRÊTS DES SALARIÉS ET DE LA FILIÈRE AUTOMOBILE FRANÇAISE. »
Ces discussions s’inscriraient dans une stratégie beaucoup plus large. D’après l’agence, Stellantis explore des coopérations avec plusieurs constructeurs chinois, dont Xpeng et Xiaomi, tout en développant déjà un partenariat structurant avec Leapmotor, appelé à produire en Espagne. Le lien avec Dongfeng est ancien, avec plus de trente ans de coopération en Chine via une coentreprise ayant produit 6,5 millions de véhicules, et une participation actuelle de 1,6 % au capital du groupe. Dans le même temps, Dongfeng, fort de 2,47 millions de véhicules vendus en 2025, cherche à s’implanter en Europe pour contourner les barrières douanières, tandis que Stellantis tente de résorber ses surcapacités industrielles sur le continent.



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