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Ancien président du Stade rennais, grand entrepreneur : Bernard Lemoux s’en est allé

Figure rennaise à part, Bernard Lemoux s’est éteint à l’âge de 83 ans, ce dimanche matin, quinze jours seulement après la disparition de son épouse, Marie-France (le 21 décembre). Une proximité dans le temps qui bouleverse ceux qui l’ont connu et qui disent aujourd’hui, à voix basse, qu’il l’a rejointe. « C’était un couple fusionnel », affirme un proche. Entrepreneur éclairé, ancien président du Stade rennais, Bernard Lemoux est parti comme il a vécu ces dernières années, discrètement, loin du tumulte, laissant derrière lui une trace profonde dans l’histoire rennaise.

À Rennes, son nom reste attaché à une époque, à une manière de faire, à une énergie brute. Chef d’entreprise autodidacte, homme de caractère, passionné de football, Bernard Lemoux appartenait à cette génération qui croyait encore que la volonté pouvait déplacer des montagnes. On le comparait souvent à François Pinault. Les deux Rennais étaient amis. Ils partageaient bien plus qu’un carnet d’adresses : la même route de Lorient, la même culture de l’effort, la même conviction que Rennes devait voir plus grand. François Pinault était la stratégie et la discrétion, Bernard Lemoux l’instinct et l’action. Deux tempéraments différents, mais une vision commune et le même amour de Rennes.

BERNARD LEMOUX A CRÉÉ LES « PAVILLONS LEMOUX BERNARD » QUI SERA LE SPONSOR OFFICIEL DES ROUGE ET NOIR LORS DE LA SAISON 1979/1980.

Lorsque Bernard Lemoux accède à la présidence du Stade rennais en octobre 1973, le club est au bord du gouffre. Les finances sont exsangues, les résultats médiocres, la confiance fragile, malgré une victoire en coupe de France en 1971. Il arrive à la mi-saison avec une idée claire : le Stade rennais doit devenir la formation de toute une région. Il lance des opérations populaires, sollicite les sociétés bretonnes, invente des actions de communication simples, mais efficaces. « Mille entreprises à 500 francs », des autocollants vendus cinq francs, un appel direct à la fierté bretonne. C’était du marketing avant l’heure, sans le nom, mais avec l’intuition de voir les choses en grand.

Le mois de décembre 1973 reste l’un des moments fondateurs de son passage. À l’époque, on ne parlait pas encore de mercato, mais l’intox était déjà totale. La presse annonce que le Pelé Africain, Laurent Pokou ne viendra pas à Rennes. Trop cher. Trop compliqué. Huit jours plus tard, coup de théâtre. L’attaquant ivoirien débarque discrètement dans l’avion personnel de Bernard Lemoux, avec François Pinault et l’entraîneur René Cédolin à bord, pendant que les dirigeants nantais attendent en vain à Orly. L’arrivée de Laurent Pokou ressemble à une scène de film. Il signe le 29 décembre. Une semaine plus tard, il marque à Troyes. Le Stade rennais vient de frapper un grand coup.

GRÂCE AUX PAVILLONS DE BERNARD LEMOUX, DE NOMBREUX FRANÇAIS ONT PU ÊTRE PROPRIÉTAIRES DE LEURS MAISONS. »

Sur le terrain comme en coulisses, Bernard Lemoux ne faisait jamais semblant. Très impliqué dans la vie de l’équipe, parfois trop, il intervenait, tranchait, décidait. Son management direct provoque quelques fois des tensions, notamment avec Raymond Kéruzoré et lors du limogeage de René Cédolin. Bernard Lemoux assume tout. Il encaisse les critiques. Il ne se défausse pas. En 1977, usé, contesté, il démissionne de la présidence, laissant un club fragilisé. Mais il ne tournera jamais complètement le dos au Stade rennais. Deux ans plus tard, en avril 1979, alors que le club est de nouveau au bord de la faillite, Bernard Lemoux signe un chèque de 400 000 francs. Un geste décisif. Sans lui, le club mettait la clé sous la porte. Il sauve le Stade rennais une dernière fois, sans bruit, sans discours, sans réclamer de reconnaissance.

Après les affaires et le football, Bernard Lemoux se tourne vers la politique. Il finance notamment les campagnes de Jacques Chirac. Mais la politique est à l’image de ceux qui la pratiquent. Dure. Instable. Malgré son engagement, il est écarté de la liste européenne du RPR. Une mise à l’écart qu’il encaisse en silence. Il comprend alors que ce monde-là n’est plus le sien. Il se retire.

Bernard Lemoux se replie dans son château de La Glestière, près de Rennes, qu’il entreprend de réhabiliter avec patience et discrétion. Loin de la vie publique, il observe, lit, se souvient. Il ne règle plus de comptes. Il garde pour lui ses regrets comme ses fiertés. Ceux qui le croisent parlent d’un homme apaisé, toujours passionné de football, toujours attaché au Stade rennais, mais détaché des combats d’hier. Dans un texte resté comme un testament moral, Bernard Lemoux résumait lui-même son action en faveur du Stade rennais. Il y parlait de tempête, de naufrage évité, de salut incertain, mais exaltant. Il y rappelait la situation financière catastrophique de son arrivée, l’appel au public breton, l’aide décisive des collectivités, la nécessité du travail et de la prévision. Il y évoquait son rêve d’une école de football pour les jeunes Bretons, la promotion de l’image du club, la fidélité des supporters. Et il concluait, simplement : « J’y aurai mis et j’y mettrai beaucoup de ma force de Breton. Allez Rennes ! »

Bernard Lemoux n’était pas un homme lisse. Il n’était pas consensuel. Il s’est trompé parfois. Mais, il a donné beaucoup. De son temps, de son énergie, de son argent. À Rennes, nombreux sont ceux qui résument aujourd’hui sa vie par ces mots entendus sur la route de Lorient : un chic type, un homme différent qui gagnait à être connu. Notre journal adresse à sa famille, à ses deux enfants, Béatrice et Christophe, à ses petits-enfants et à ses proches ses sincères condoléances.

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