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salut la compagnie !

Ce vendredi 27 mars, les quais de la cité corsaire ont vécu un moment loin d’être ordinaire. Ils rassemblaient une foule dense, silencieuse par moments, émue souvent, pour assister à un départ que personne ne voulait vraiment. Anciens marins, Malouins de toujours, estivants de passage… tous étaient là, unis par le même regard tourné vers le bassin portuaire.

Quand le Joseph Roty II s’est présenté à l’écluse, les applaudissements ont éclaté, spontanés, comme pour retenir encore un peu ce long navire que chacun connaissait un peu beaucoup passionnément. Certains ont essuyé une petite larme. D’autres sont restés figés par l’émotion. Ils avaient les yeux rivés sur cette coque de fer qui s’éloignait lentement, presque à regret, de la cité malouine.

Au loin, les cornes de brume ont résonné, graves et profondes dans la baie. Ce fut un concert poignant, presque solennel, pour saluer la grande dame et ses nombreux marins. Autour de lui, les doris accompagnaient la manœuvre, rejoints par les navires pilotes et les bateaux de la SNSM. L’escorte était discrète mais chargée de sens, comme un dernier hommage rendu à l’un des leurs.

Sous un ciel gris et bas, le Joseph Roty II avançait doucement vers le large. Ici, à Saint-Malo, il n’était pas qu’un bateau. Il faisait partie du décor, de la mémoire, de la vie même du port. Son départ n’est pas un simple voyage. Il est un adieu définitif vers la Belgique, où il sera déconstruit.

Mis en service dans les années 1970, le Joseph Roty II a longtemps été une figure majeure de la grande pêche française. Pendant près d’un demi-siècle, il a sillonné les mers du Nord et les eaux froides de l’Atlantique, dans la lignée des derniers Terre-Neuvas. À son bord, des centaines de marins ont affronté des campagnes longues et exigeantes qui ont façonné des générations d’hommes.

Au fil du temps, après l’époque de Terre-Neuve, le navire s’était reconverti dans la pêche au merlan bleu, notamment pour la production de surimi. Cette seconde vie  lui avait permis de continuer à naviguer, fidèle à son rôle dans la filière maritime française. Mais les années ont passé, et avec elles, une certaine idée de la mer. L’arrêt de son activité, fin 2023, avait déjà marqué un tournant.

Son départ aujourd’hui en est le point final de la grande pêche, un témoin silencieux d’un monde qui s’efface peu à peu à l’horizon. Le Joseph Roty II ne reviendra plus. Mais ici, son nom continuera de résonner longtemps. Il sera porté par les récits des anciens, les souvenirs des marins, et le regard de ceux qui, ce jour-là, étaient venus lui dire au revoir. Adieu la compagnie !

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