À 78 ans, Yolande Jouanny tire le rideau de la Boîte à Bas
Yolande Jouanny aura dirigé d’une main de maître les 13m² de « La Boîte à Bas », rue Jules Simon pendant trois décennies. Le 15 mars, elle baissera le rideau et profitera -enfin- de sa retraite.
C’est un peu le rêve, devenu réalité. Mais au prix d’efforts et de sacrifices. Celui de Yolande Jouanny, 78 ans aujourd’hui… et d’une force à couper le souffle.
Lorsqu’elle a 16 ans, dans les années 60, et qu’elle passe devant la vitrine de la Boîte à Bas, 9 rue Jules Simon, elle aime flâner devant la vitrine. C’est l’année où les bas et les jarretelles laissent la place aux collants. Une révolution pour les femmes, qui allie élégance et praticité.
« Je me disais à l’époque ‘un jour, cette boutique sera à moi’ », se souvient Yolande.
Et puis, en 1991, c’est le déclic. Un agent immobilier l’alerte : l’échoppe est à vendre. Le chiffre d’affaires est bon. Ni une, ni deux. Yolande fonce chez son notaire. Elle n’a pas un sou en poche, mais peu importe. L’homme de loi qui la connaît bien l’aide. La banque suit. La propriétaire accepte la vente et diffère le paiement du stock. « Ce n’était pas facile. Je devais rembourser mon prêt (1000 euros mensuels, en francs) et payer les études de ma fille partie aux États-Unis », se remémore la commerçante. À l’époque elle est seule, mais pas sans ressources. « J’ai travaillé sans prendre un jour de congé pendant 10 ans », affirme celle qui -aujourd’hui encore- fait des allers-retours entre la boutique et la cave pour faire son réassort.
« Dior, Saint Laurent, Céline… »
On peut dire que Yolande Jouanny a connu l’âge d’or des bas et des collants. « La clientèle rennaise était bourgeoise et fortunée », admet-elle. « Mes acheteuses repartaient les bras chargés de plusieurs boîtes à chaque passage. Et je remplissais les poubelles du quartier tous les soirs avec mes emballages vides », se souvient Yolande.
Puis arrivent les années plus difficiles. Dior, Yves Saint Laurent, Céline se font moins productifs. « Une partie de mes clientes préféraient alors monter à Paris, à la recherche des belles boutiques et de l’élégance à la française », commente la vendeuse. Coup de grâce avec le Covid, quand la maison Gerbe annonce stopper sa production. « Je ne me suis pas démontée. Je leur ai acheté une bonne partie de leur stock avant qu’ils ne mettent la clé sous la porte. J’étais une de leurs meilleures revendeuses du pays ! », raconte Yolande Jouanny qui s’est alors tournée vers Falke, fabricant allemand, pour garnir ses présentoirs.
Ni les aléas de la vie, ni la pandémie, ni la violence des produits chinois n’ont altéré la volonté et la pugnacité de la jeune septuagénaire. « Ah ça, je peux vous garantir que jamais de ma vie je n’ai eu le temps de m’ennuyer », assure t-elle.
« Maintenant, je vais profiter »
Dans 15 jours, elle donnera les clefs à l’agent immobilier qui lui a racheté son fonds de commerce. « Voilà deux ans que des rigolos me proposaient des sommes dérisoires. Hors de question de brader cette boutique centenaire », martèle Yolande qui a finalement accepté « une bonne somme », pour que la Boîte à Bas devienne un bureau.
« Comme par hasard, une fois la transaction faite, voilà une marque de cuir et une créatrice de bijoux en argent qui se manifestent… dommage, mais trop tard ! » glisse la commerçante, loin d’avoir sa langue dans la poche.
Dans quelques semaines, Yolande rejoindra sa fille à Los Angeles. « Je n’y resterai que trois mois. Je n’ai pas envie que la police vienne me chercher une fois mon Visa expiré », plaisante-t-elle. Et pas question de s’arrêter là. « Cela fait des années que j’ai envie de visiter l’Amérique du Sud, que ma fille a connu pendant que je tenais la boutique. C’est l’occasion ! »
La ville de Rennes perd l’un de ses plus anciens commerces. Yolande Jouanny gagne quant à elle le droit de profiter.



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